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Les rencards de Phil Marso  - Sim

« Une consultation virale »

 

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Sim nous a quitté le dimanche 6 septembre 2009. J'ai eu l'occasion de le rencontrer en 1991 pour une interview :

Sim, l’une des « Grosses Têtes » de Bouvard vient de prescrire un cinquième livre « Ma médecine hilarante » (Flammarion) qui témoigne des multiples gags qu’il a exercés auprès de ses semblables.

 

 

 

Docteur Sim, qu’elle spécialisation inscrivez-vous sur votre plaque à l’entrée de votre cabinet pour attirer la clientèle ?

Sim : En Belgique, les dentistes inscrivent L.S.D (Licencié en Science Dentaire), peut-être devrais-je m’en inspirer en mettant sur ma plaque « Licencié en Science Humoristique ». Mon livre aurait dû s’intituler :  « La déconomanie ».

Quels sont les grands rendez-vous qui ont marqué votre carnet de santé mentale jusqu’à ce jour ?

S : Tout d’abord ma naissance. Le premier canular dont j’ai été victime, c’est d’être né. Le toubib qui m’a mit au monde a, paraît-il, éclaté de rire quand il m’a vu. Moi, je ne m’en souviens plus… Il a dit à ma mère : vous avez un bébé rigolo. La seconde étape a été vers 8-10 ans, quand j’ai écouté les premiers éclats de rire de ma famille. J’ai compris que j’avais un pouvoir bénéfique dont je suis fier par rapport au pouvoir qu’ont parfois les autres mais qui ne savent pas s’en servir ou s’en servent pour être cruels. N’étant pas un apollon, j’ai eu ensuite ce léger pouvoir de draguer par le rire, le sourire et l’humour. Après, j’ai ressenti qu’entre le public et moi, il y avait une histoire d’amour qui date maintenant de 38 ans. J’espère qu’il y aura d’autres étapes, j’ai pas dit mon dernier mot.

Avez-vous quelques regrets dans votre carière, style « rater une marche à l’entrée des artistes », qui aurait pu vous faire espérer une retombée plus glorieuse ?

S : J’en ai raté beaucoup de marches, à l’entrée des artistes. Les marches de la chance, des rencontres. Les marches que je n’ai pas su préfabriquer car je n’ai rien provoqué dans ma vie. J’ai le culot des grands timides, ce qui m’a fait ramer pendant plusieurs années. Mais je ne regrette pas d’avoir raté ces marches car cela m’a donné aux genoux des durillons qui me permettent de me casser la gueule sans souffrir. Si j’avais gravi tous les escaliers, il y a longtemps que je serais au grenier. A 64 balais, je trouve extraordinaire de ne pas êtres rendu en haut de la tour.

La réussite, n’est-ce pas aussi long qu’une salle d’attente : on ne sait jamais si c’est notre tour et si on ne s’est pas trompé de jour ? 

S : c’est vrai ce que vous dites. Je compare plutôt mon métier à la salle d’attente des pas perdus de la Gare Saint-Lazare. J’ai marché de long en large et il m’a fallu quinze ans pour trouver un train.

A quelle occasion ?

S : c’est l’opportunité de mes grands débuts à la télévision, avec Guy Lux et Jean Nohain dans une émission pour enfants, trop « étiquetée » pour me faire connaître du grand public. J’ai ensuite fait la « Baronne de la tronche en biais » avec Guy Lux, ça a été un beau tournant dans ma vie. Quelques films avec Audiards, qui m’ont amené l’année dernière à jouer un rôle dans le film de Fellini « La voce della luna ». Le plus important est que j’en suis à mon cinquième livre, grâce à Philippe Bouvard, mon parrain et éditeur.

Quels sont les plus grands malades qui vous ont fait mourir de rire ?

S : Les fous géniaux : Chaplin, Fernandel, Fernand Raynaud, ainsi que mes collègues dont la spécialité est le rire. On est tous un peu de la même famille. Quand Fellini est venu me voir à Paris, à la fin de notre conversation, avant que l’on signe le contrat, il m’a dit : « Monsieur Sim, est-ce que vous êtes fou ? ». Je me suis entendu répondre avec un énorme culot : « Oui, monsieur Fellini, je suis fou comme vous ; mais ce qui nous différencies des autres alinées, c’est que vous et moi, on le sait ».

L’anxiété de la salle d’attente, c’est un peu le trac de l’artiste. Quels mouvements physiques ou lectures, prodiguez-vous pour combattre ce fléau ?

S : D’abord mon cœur bat à 130. Je m’efforce de sourire et de donner l’impression d’être très calme. Mon entourage est rassuré et me calme. Finalement, c’est une poignée de main morale, on n’est pas forcé de se toucher pour savoir qu’on existe.

Quel est le plus difficile : guérir la morosité d’un intellectuel ou la noirceur d’un ouvrier à l’usine ?

S : oh ! Je crois qu’ils sont cousins germains. L’intellectuel, il se lave les mains après avoir pissé. L’ouvrier à l’usine, se lave les mains avant de pisser, ça veut tout dire…

Selon vous, votre femme vous sert de potion aphrodisiaque, préventivement ou curativement, lors d’une tournée théâtrale ?

S : J’ai eu trois femmes dans ma vie. La première n’a pas eu de bol, j’étais fauché. On descendait dans des hôtels minables où les toilettes étaient au fon du couloir. Cela n’incitait pas à la gaudriole. J’ai quand même eu le temps de lui faire deux enfants. Avec ma deuxième femme, j’ai eu des hôtels deux étoiles et je me suis habitué à lui faire l’amour en essayant de ne pas avoir d’enfant. En définitive, je suis comme un sportif ; ma femme actuelle m’aide moralement car elle me fait beaucoup rire et on peut faire l’amour en riant, c’est déjà une belle démarche.

Praticien du gag, quels sont les symptômes ambiants à retenir pour être à la hauteur ?

S : Simplement écouter les infos, regarder la connerie des gens, les grands qui dirigent le monde, ceux qui veulent nous montrer qu’on n’a pas forcément raison, alors qu’ils ont carrément tort. J’ouvre les oreilles, les yeux et je regarde. Et s’il ne me vient rien de drôle, j’écris un livre comme « Ma médecine hilarante » où je fais la compilation de tout ce qui a provoqué dans la vie pour pouvoir rire moi-même sans avoir le concours de la bêtise humaine.

Qu’est-ce que vous inspire la mort ?

S : Je m’en fous complètement. Je sais qu’un jour je dois dévisser. La seule chose qui m’emmerderait, ce serait de m’accrocher aux barreaux de mon lit le jour où je déménagerai. Vous savez, il faut avoir plus peur de la naissance que de la mort. Pourquoi les bébés pleurent autant ? On se demande s’ils n’ont pas une prémonition des emmerdes de la vie à venir. Ils sont peut-être plus clairvoyants que nous. Nous on s’habitue… J’y pense tous les jours, à la mort. Mais je m’habitue à elle et j’essaye d’en faire une copine. Moi qui suis d’essence paysanne, j’aimerais qu’elle vienne avec un petit canif et qu’elle ait un nez rouge comme Zavatta.

Propos recueillis par Phil Marso - 1991

Entretien publié dans l’hebdomadaire « Paname Magazine » le 22 janvier 1991 – Extrait du livre « Les rencards de Phil Marso » (Ed.Megacom-ik).

Le rencard avait été pris juste après l’enregistrement de l’émission « Les Grosses Têtes », dans un bar en face de RTL. Sim se pointe en jeans, avec un sac en plastique à la main. Cela m’avait assez surpris. Non pas que je m’attende qu’il débarque en smoking. Une fois le verre de whisky coca bien en main, l’interview fut très plaisante. A la fin, il me félicitait même de mes questions tordues. L’une des rares personnes à m’avoir fait un tel compliment.

© MEGACOM-IK & Phil Marso / 1997 - 2009

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